lundi 13 juillet 2009

La "philosophie" diplomatique de Barack Obama

Ses conseillers parlent moins d'une doctrine Obama que d'une "philosophie". Avec le discours d'Accra, prononcé samedi 11 juillet au Ghana, devant un Parlement turbulent, parfois facétieux, opinant bruyamment comme à Londres à la Chambre des communes, Barack Obama a conclu une série de discours exposant les grands principes de sa politique étrangère.

De ces quatre rendez-vous - Prague, Le Caire, Moscou, Accra -, il ressort le portrait d'un moraliste qui, de l'Afrique au monde arabe, met chacun au pied de ses responsabilités. Pour le président américain, "le leadership moral est plus puissant que n'importe quelle arme". Et aussi celui d'un réaliste ancré dans l'idée que la souveraineté des Etats est la "clé de voûte" de l'ordre international.

Quand il a pris ses fonctions, le 21 janvier, les analystes prédisaient que l'économie accaparerait Barack Obama, qu'il devrait déléguer la politique étrangère au vice-président, Joe Biden, et à sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton. Erreur. M. Obama a montré qu'il entendait tout mener de front. Sous la pression d'un calendrier multilatéral chargé, il a enchaîné les sommets (G20, OTAN, G8).

En quittant celui du G8 réuni à L'Aquila (Italie), vendredi, il s'est plaint de la multiplication des sommets, phénomène qu'il a attribué au mauvais fonctionnement de l'ONU, qui devrait être le lieu des consultations. "Je suis un grand partisan des Nations unies, mais elles doivent être réformées et revitalisées et je l'ai dit au secrétaire général."

A chaque déplacement outre-Atlantique, le président a tenu à faire une étape dans un "petit" pays pour souligner que "le monde est interconnecté" et que les problèmes du XXIe siècle se régleront aussi à Prague ou à Accra. Ces Etats jouent, selon lui, un rôle "pivot" dans les relations internationales. "La révolution de Velours (qui a provoqué la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie en 1989) nous a appris que des manifestations pacifiques pouvaient ébranler les fondations d'un Empire et mettre à nu la vacuité d'une idéologie", avait-il dit, le 5 avril, devant le château de Prague.

A chaque fois, il tient à s'adresser aux jeunes, pour les convaincre que le changement est entre leurs mains : "Quel ordre mondial remplacera la guerre froide ?"

A Moscou, le 7 juillet, les étudiants de la Nouvelle Ecole d'économie ont écouté sans réaction. "L'avenir n'appartient pas à ceux qui massent des armées sur un champ de bataille ou qui enterrent des missiles ; l'avenir appartient aux jeunes qui seront armés d'une éducation et d'une imagination créatrice", a-t-il affirmé.

Pour le président américain, la coopération doit remplacer les éternels affrontements : "En 2009, une grande puissance ne prouve pas sa puissance en dominant ou en diabolisant d'autres pays. La recherche du pouvoir n'est plus un jeu de somme nulle : le progrès doit être partagé."

A l'université du Caire, le 4 juin, M. Obama avait parlé des tensions entre les civilisations. "C'est le discours sur lequel il a le plus travaillé personnellement", dit Ben Rhodes, son speechwriter. Pour l'étape du Ghana, M. Obama a repris ses idées sur la corruption, développées à la lumière de l'exemple de son père, écarté du gouvernement kényan à cause de ses idées et de son clan.

Le seul discours dans lequel il ait fait des propositions concrètes est celui de Prague sur la non-prolifération. Il suit ce sujet depuis plus de vingt ans. Dès 1983, dans un texte publié par le magazine de l'université de Columbia et retrouvé récemment par le New York Times, il développait sa philosophie : "Casser la mentalité de guerre." Il plaidait déjà pour le désarmement.

Sur les droits de l'homme, la Maison Blanche considère qu'il suffit à M. Obama de parler en termes globaux. Le président ne veut pas laisser l'impression que les Etats-Unis donnent des leçons, après une période où le reste de la planète a pu voir qu'ils ne sont pas irréprochables.

Contrairement à son prédecesseur, George Bush, il a choisi de n'aborder les questions qu'en termes très généraux de "droits universels" et de ne pas admonester les gouvernements sur des points particuliers. "L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à une autre nation, a-t-il dit. La souveraineté des Etats est un principe intangible."

De Moscou au Caire, M. Obama n'a pas abordé de front la question des libertés pour l'opposition. A Moscou, Mike McFaul, le conseiller pour la Russie, a précisé que la Maison Blanche avait conduit en janvier une évaluation de la politique russe, et qu'elle était arrivée à la conclusion que "secouer notre doigt autour du monde n'avait pas tellement bien marché dans le passé". Le conseiller a fait le "parallèle" avec la réaction à la répression, en Iran, des manifestations contre la présidentielle du 12 juin. Les opposants sont prévenus, autrement dit, que M. Obama n'a pas l'intention de mentionner des cas individuels, pour éviter de leur nuire.

Le président américain a insisté plusieurs fois sur le nécessaire respect de la souveraineté des Etats. Interrogé sur le concept de "responsabilité de protéger", il a répondu d'une manière limitant nettement ce devoir d'ingérence. "Le seuil à partir duquel une intervention internationale est justifiée doit être très élevé. Il faut qu'il y ait une forte indignation internationale. Cela n'est pas toujours facile de décider", a-t-il déclaré. Il a demandé à son administration de réfléchir à la mise en place de normes internationales et de pressions (économiques, diplomatiques...) sur les pays qui ne respectent pas les "valeurs universelles" envers leurs citoyens.( Le Monde)

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